Et dire que je ne voulais pas me marier!

21/09/2015
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J’étais un peu obligée de venir à cet article, car je me rends bien compte que ma reconversion en officiante de mariage laïque a surpris plus d’une personne dans mon entourage. Moi-même je me surprends à sourire en me rappelant du temps où non, je ne pensais pas me marier un jour et en voyant le chemin parcouru depuis!

Ces derniers temps, j’ai beaucoup réfléchi à ce grand changement en moi, à la raison d’un tel virage et à ce que cela m’a apporté. Après une première saison réussie et de jolies cérémonies effectuées, est venue l’heure du bilan.

 

Pourquoi je ne voulais pas me marier

Alors déjà, pourquoi loin de moi l’idée de me marier un jour? Je crois que j’avais une image très erronée du mariage et surtout du grand jour. Très peu de gens se sont mariés dans mon entourage proche, ce qui fait que je n’avais pas beaucoup d’expérience dans ce domaine. Déjà, j’imaginais le jour du mariage comme très traditionnel, où il fallait contenter tout le monde en s’oubliant beaucoup un peu soi-même. Peut-être étais-je aussi un peu superstitieuse: et si une fois mariée, tout changeait? Pourquoi modifier quelque chose à une relation si elle se passe bien telle quelle? Mais avant tout, je n’avais pas encore trouvé LE bon, celui qui me donnerait envie d’envisager les choses autrement.

Il est vrai que les choses ont complètement changé le jour où j’ai rencontré celui qui est devenu mon mari. Là, pour la première fois, même si je ne pensais pas forcément qu’on allait se marier, l’idée de nous imaginer comme des époux ne me dérangeait pas du tout! Et un jour, alors que je ne m’y attendais pas, il m’a fait sa demande. Cela faisait juste un an que nous étions ensemble, pourtant ça semblait évident. Alors j’ai dit OUI, j’ai surmonté mes peurs et appréhensions, en me disant qu’avec cet homme et tout l’amour que nous éprouvons l’un pour l’autre je ne pouvais que faire le bon choix (mon côté rationnel me rattrape souvent!)

 

Et pourtant…

C’est là que la magie a commencé: il a rapidement fallu se poser les premières questions d’ordre logistique. On fait quoi, où, comment, avec qui? Difficile de se projeter alors qu’au contraire de beaucoup de femmes, tout cela ne m’avait jamais vraiment fait rêver.

Les premières images qui me vinrent en tête furent celles des mariages « à l’américaine », à l’extérieur, dans une ambiance détendue et entourée des gens très proches. Nous n’avions aucune envie de célébrer notre union simplement à la maire (trop administratif et expéditif), et le mariage religieux ne nous correspondait pas. Nous avons commencé à réfléchir et nous dire que quitte à faire quelque chose, autant marquer le coup, de manière personnalisée et avec nos propres codes. C’est à ce moment-là que nous avons décidé de créer notre cérémonie laïque. Et c’est à ce moment-là également que ma vie a changé, même si je ne le savais pas encore.

 

La révélation

Outre le fait que j’ai pris énormément de plaisir à élaborer le contenu de notre cérémonie, l’écrire a révélé quelque chose en moi. Mettre en évidence notre relation à travers les mots est quelque chose que j’ai adoré. Egalement toute cette préparation, les discussions avec mon mari à ce moment-là, ça nous a encore plus rapprochés de réfléchir au sens que nous voulions donner à notre engagement. Pourtant, au début, ce ne fut pas simple car nous n’avions aucune expérience et ne savions pas par où commencer.

Mais ensuite, tout s’est déroulé de manière fluide: tout d’abord notre grand jour qui s’est passé exactement comme nous le souhaitions. A ce moment-là, j’étais en formation de Web Project Manager et devais choisir le thème de mon mémoire. Comme je venais de perdre mon travail suite à une restructuration, j’avais de la peine à trouver un sujet. Et puis de fil en aiguille il m’est devenu évident que je devais choisir quelque chose qui me passionnait, un sujet que je connaissais bien. Comme les cérémonies laïques étaient à ce moment-là peu développées en Suisse et que nous avions organisé la nôtre, je me suis dit qu’il y avait quelque chose à travailler de ce côté-là. Je ne savais pas encore exactement comment j’allais orienter mon projet, j’étais en plein remue-ménage intérieur.

Puis petit à petit, tout m’est apparu comme évident. J’allais créer un projet pour aider les couples qui se trouvent dans la même situation que celle où nous étions un an auparavant, alors que nous débutions nos préparatifs de mariage. Je ne m’imaginais alors pas encore officier. Je voyais plutôt le projet « en amont », avec toute l’élaboration et la préparation avec les couples. Pourtant, la question de la célébration est rapidement venue se poser. Car une fois la cérémonie prête, qui la célébrerait? En étais-je capable?

J’ai alors réfléchi à toutes les présentations professionnelles que j’ai eu l’occasion de faire. Que ce soit en entretien, devant ma Direction, auprès de journalistes. Certes, j’avais le trac, mais toujours couplé d’un grand plaisir à prendre la parole pour défendre mes idées. Et si c’était la même chose ici? Défendre d’une certaine manière les idées du couple, mettre en avant les fondements de leur relation, être leur porte-parole tout simplement.

J’ai alors intégré cela dans mon mémoire, qui est devenu un vrai projet s’apparentant à un lancement d’entreprise: plan de projet, business plan et maquettes du site web. Au fur et à mesure que je rédigeais mon mémoire, quelque chose me portait, me poussait, me faisait sentir que j’étais dans la bonne direction. Avec tout le stress et l’inquiétude liés aux examens qui approchaient, les choses n’étaient pas encore complètement claires dans ma tête. Mais justement, j’avais besoin de visualiser ce projet fini, de le mettre en mots et images, de le rendre vivant.

J’ai alors créé mon site. Ainsi, lors de la défense orale de mon mémoire, j’avais quelque chose de « fini » à montrer, la boucle était bouclée. J’ai été félicitée pour mon projet, qui a beaucoup plu aux experts. Ce fut audacieux de choisir une thématique si loin du monde du web, et pourtant l’originalité a payé. Après la réussite de mon diplôme, j’avais envie de souffler. Mais pas que… Ce projet, qui m’avait habitée durant des mois, que j’imaginais, visualisais, portais en moi ne pouvait pas rester au stade de simple mémoire de fin d’études. Il fallait le développer, je sentais que c’était le bon moment.

 

La reconversion

Alors j’ai décidé de me lancer. J’ai toujours rêvé d’être entrepreneur, de vivre à mon compte. Pourquoi pas tenter maintenant? Ca me semblait être le moment parfaitement opportun. J’ai retroussé mes manches et commencé à me faire connaître. Une demande est arrivée, puis deux, puis trois, quatre et cinq, toutes confirmées alors que je n’imaginais pas débuter avant une année au moins! J’ai pu vraiment découvrir ce qu’est le métier d’officiante, car on peut imaginer n’importe quel métier, il faut le vivre pour vraiment le comprendre. La révélation n’a fait que se poursuivre.

J’ai rencontré des couples merveilleux, qui m’ont accordé leur confiance et m’ont ouvert leur coeur. Voilà l’une des premières choses que j’aime dans ce métier: le côté « psychologue » où il faut faire en sorte que les couples acceptent de se livrer, de parler d’eux et de leur relation. Les faire s’ouvrir, les mettre en confiance. Ensuite vient le côté créatif: en connaissant de mieux en mieux les couples, on imagine leur cérémonie et son contenu. Trouver des mots, des phrases, des éléments qui leur correspondent et qui sauront traduire leur histoire. Construire avec eux la trame de leur cérémonie en les guidant tout en les laissant maîtres de leur grand jour. Faire connaissance avec leurs proches qui interviendront durant la cérémonie.

Là aussi j’ai eu de très belles surprises en découvrant des personnes extraordinaires, prêtes à se dépasser pour oser parler en public et partager des témoignages d’amitié pleins d’émotion. Et puis le jour de la cérémonie, la célébration. Je ne vais pas mentir, avant chaque cérémonie le trac me gagne. Mais c’est ce qui fait aussi la magie de ce métier. Je crois que le jour où je n’aurai plus de trac du tout, il faudra que je m’inquiète 🙂 Quel plaisir d’être là pour ces couples qui me font confiance, qui me laissent partager leur intimité en me faisant l’honneur de célébrer leur grand jour.

Pour moi, il y a quelque chose de très spirituel dans ce métier. Au delà du mariage, on célèbre des valeurs, des croyances et des idées propres à chacun. J’aime à dire, quand on me demande ce que je fais, que je célèbre l’Amour.

Alors oui, pour quelqu’un qui ne rêvait pas de se marier, quelle drôle de reconversion. Mais la vie ne nous met-elle justement pas parfois sur des chemins étranges pour nous permettre de nous remettre en question et ainsi nous révéler?

 

pas me marier
© Valérie Baeriswyl

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6 comments

  1. Quel beau texte ma Mary. Oui, ton rôle te va à ravir. Je te vois tellement épanouie! Je pense que tu rends des mariés comblés !

    1. Merci ma GG pour ton si gentil message qui me va droit au coeur. Gros bisous me réjouis de te revoir

  2. Je retrouve complètement dans ce très beau texte.

    1. Merci ma Magmag! Tu me connais bien 😉

  3. Très touchant! 🙂 Bravo Marylin!

    1. Merci Caroline pour ton gentil message 🙂